
Le forfait jours ne dispense pas l’employeur de toute obligation en matière de durée du travail. Bien au contraire. En l’absence de suivi effectif de la charge de travail, le dispositif peut être remis en cause et exposer l’entreprise au paiement d’heures supplémentaires.
Dans cet article, retrouvez un décryptage d’une affaire jugée le 11 mars 2026, les obligations légales de l’employeur, les risques financiers liés à un suivi insuffisant, et comment les outils de gestion des temps (GTA) peuvent sécuriser le dispositif.
Forfait jours : la position de la Cour de cassation
Dans une affaire du 11 mars 2026, un directeur technique soumis à une convention de forfait jours a saisi la justice afin d’obtenir la résiliation judiciaire de son contrat de travail. Il réclamait également le paiement d’heures supplémentaires.
Le salarié a ensuite été licencié, le 5 août 2021, pour inaptitude et impossibilité de reclassement.
Saisie du litige, la cour d’appel a jugé que la convention de forfait jours était inopposable, faute de garanties suffisantes en matière de suivi de la charge de travail.
L’employeur a donc été condamné à verser :
- 55 452,63 € au titre des heures supplémentaires
- 19 096,42 € au titre du repos compensateur
- 1 909,64 € de congés payés afférents
- 5 000 € de dommages et intérêts
La Cour de cassation a confirmé cette décision, soulignant l’importance d’un suivi réel et documenté.
Accord collectif et forfait jours : conditions de validité
Le recours au forfait annuel en jours est encadré par le Code du travail et repose sur deux conditions essentielles :
- l’existence d’un accord collectif (entreprise, établissement ou branche)
- la signature d’une convention individuelle écrite avec le salarié
Mais au‑delà de ces formalités, l’obligation la plus critique pour l’employeur reste de garantir un suivi régulier et concret de la charge de travail. Ce suivi doit permettre de s’assurer que la charge reste raisonnable, que les temps de repos sont respectés et que toute situation de surcharge est détectée et corrigée à temps.
Lorsque l’accord collectif est incomplet ou ancien, l’employeur doit mettre en place des mesures compensatoires :
- établir un suivi documenté des journées travaillées,
- vérifier la compatibilité de la charge de travail avec les temps de repos, et
- organiser un entretien annuel avec le salarié sur sa charge, son organisation de travail, son équilibre vie professionnelle / vie personnelle et sa rémunération.
À défaut, la convention de forfait jours peut être déclarée nulle exposant l’employeur à des coûts importants et au paiement d’heures supplémentaires.
Une obligation centrale : contrôler la charge de travail
L’accord collectif doit impérativement préciser les modalités de suivi de la charge de travail, ainsi que les conditions d’échange entre le salarié et l’employeur. Il doit également prévoir des mécanismes permettant de prévenir toute surcharge et d’anticiper les difficultés liées à l’organisation du travail.
Ce suivi a pour objectif de :
- garantir que la charge de travail reste raisonnable,
- respecter les temps de repos obligatoires et
- identifier rapidement les situations à risque.
⚠️ Un simple suivi théorique ou ponctuel ne suffit pas : il doit être effectif, régulier et exploitable, afin de protéger à la fois le salarié et l’employeur en cas de contrôle ou de litige.
Forfait jours : suivi insuffisant et paiement d’heures supplémentaires
Dans l’affaire du 11 mars 2026, l’employeur s’appuyait sur un accord collectif prévoyant un récapitulatif annuel des journées travaillées et un entretien annuel pour discuter de l’organisation et de la charge de travail.
Malgré cela, le salarié a contesté les années 2018, 2019 et 2020, dénonçant une surcharge persistante et un manque de soutien de la hiérarchie.
La cour d’appel a jugé le suivi insuffisant et purement formel. L’employeur n’avait pas pris de mesures concrètes pour :
- contrôler la charge de travail,
- respecter les temps de repos,
- répondre aux alertes du salarié.
En conséquence, la convention de forfait jours a été jugée inopposable, et le salarié a obtenu le paiement des heures supplémentaires, de la contrepartie en repos, des indemnités de congés payés et des dommages et intérêts. La Cour de cassation a confirmé la décision (Cass. soc. 11 mars 2026, n° 24-22163 D), soulignant l’importance d’un suivi réel et documenté.
Sécuriser le forfait jours grâce aux outils de GTA
Face à ces exigences, un outil de gestion des temps et des activités (GTA) devient indispensable.
Il permet de :
- suivre précisément les jours travaillés
- objectiver la charge de travail
- détecter les situations de surcharge
- tracer les échanges avec les salariés
- prouver le respect des temps de repos
👉 En cas de contentieux, ils constituent une preuve clé pour démontrer le respect des obligations légales.
À l’inverse, sans outil structuré, il devient très difficile de justifier un suivi réel et régulier.
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